Où l’on se perdra dans l’intense patchwork graphique de Samuel Favarica aux allures de gigantesque puzzle porte-bonheur nippon.

Tout porte à croire que la bonne fortune régit le choix, savamment orchestré, de la disposition des multiples éléments graphiques dans cette fresque dantesque aux aspects de cabinet de curiosité de fétiches légendaires de l’Empire du soleil levant. À peu près toutes les figures tutélaires de la mythologie ou de la croyance populaire japonaise semblent composer cet aréopage bienveillant et chatoyant : prêtre shintō, moines, geisha, daruma, statuettes, carpe Koï, maneki-neko (chat), hirondelles, grenouille, poulpes… ; tout tend à corroborer une certaine quête labyrinthique du bonheur, un vade mecum de la félicité orgasmique au travers du prisme de l’accumulation de symboles enchevêtrés en une multitude de strates épidermiques, de contrastes colorés, de graphismes intercédant auprès de notre besoin ancestral de protection.

 

Alors ? Persistance rétinienne ou persévérance oculaire ?

La présence de plusieurs petits personnages sortant de nulle part pourrait nous suggérer que nous nous trouvons dans un Jardin des délices zen, quelque part entre le Paradis et l’Enfer. L’interprétation en revient à chacun, en explorant sa propre part d’ombre à la lumière de sa lecture religieuse de ce retable païen. Mi-estampe, mi-manga, l’artiste nous emmène loin dans la partition polytonale de son lyrisme pictural, exploitant la moindre parcelle de la surface qui en motifs graphiques, qui en éléments naturels, pour nous égarer un peu plus dans son univers baroque sans équivoques.

Édouard Baudry