Un syncrétisme merveilleux

La première fois où j’ai parlé à Samuel Favarica, c’était au sortir d’un concert du Théâtre des Arts de Rouen.
 
Je connaissais Samuel de vue, c’était un artiste à la réputation grandissante dans la ville où ses œuvres circulaient librement, car Samuel ornait de sa peinture des voitures ou des corps humains, leurs donnant ainsi comme par magie une valeur esthétique intrinsèque. On peut dire par là que non seulement l’art descendait dans la rue mais qu’on pouvait le croiser, le suivre ou le dépasser à tout moment.
 
Tout cela c’est cristallisé en moi et revient parfois en boucle. Car l’événement était on ne peut plus extraordinaire, c’était la première fois que j’entrais en contact, que je parlais à un artiste.
 
Je devais certes idéaliser quelque-peu l’art, mais pour moi les plasticiens surtout quand-ils jouissaient d’une certaine reconnaissance, vivaient dans un monde à part, créateur, démiurge de leur propre univers, tels des demi-dieux vivant dans un Olympe à mille lieux du commun des mortels, comme moi.
 
Certainement, Samuel n’a pas dû se rendre compte de la sollicitude et de la grâce qu’il m’accordait en m’adressant la parole. Moi qui suis incapable de créer, incapable comme lui, favorisé des dieux, d’abolir la frontière entre son imaginaire et le réel et de pouvoir le projeter dans un dessin, un tableau ou des sculptures totémiques.
 
L’air relie la terre et la mer, entre Samuel et son œuvre, le dénominateur commun c’est l’humain. Il crée le lien avec des gens comme moi qui doivent se contenter de contempler l’univers des autres. Mais dans lequel on se reconnaît, on navigue et on se noie, submergés par les émotions, les formes et les couleurs.
 
Par sa tekhnè, Samuel se fait le médiateur du divin et nous relie à la voûte céleste, dans une célébration païenne d’un panthéon atypique. Les Dieux sont partout, c’est à dire nulle part. Ils foisonnent en s’incarnant en une multitude d’artefacts aux couleurs les plus chatoyantes et acidulées les unes que les autres.
 
Car Samuel Favarica puise son inspiration (et il n’est jamais à cours d’idées) dans la mythologie et met à jour un syncrétisme merveilleux, qui ne connait ni époque, ni frontière. Où une divinité perse peut très bien dialoguer avec une idole japonaise, puisque tout compte fait, tout cela n’est que différentes expressions de la même chose : la célébration du mystère de l’être et l’étrangeté d’être ici et maintenant.
 
Christian Michel Roblin

 

 

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