Samuel Carujo Fava Rica (dit Favarica) 1971
– Art Brut et compagnie

Texte de Laurent Danchin paru en 1995 dans le catalogue de l’exposition Art Brut et compagnie : La face cachée de l’art contemporain, la Halle Saint‑Pierre, Paris

 

Né le 5 avril 1971 à Mont-Saint-Aignan en Seine-Maritime, Samuel Favarica est d’origine portugaise par son père, cadre dans une multinationale (Carujo était le nom de sa grand-mère, Fava Rica, « fève riche », le sobriquet de son grand-père). Dessinant depuis toujours, il s’inscrit à l’école Olivier de Serres à Paris en 1991, au terme d’une adolescence vécue dans un contexte familial difficile. Il y suit d’abord les cours de « plasticien en environnement architectural » puis, de façon peu assidue, ceux d’« art textile et impression » qu’il abandonne au bout d’un an, absorbé par une activité exclusive : la décoration de tout son appartement, dont il se met à tagger mobiliers, murs et plafonds, dans une frénésie de couleurs vives que l’on retrouve également sur les totems et bas‑reliefs en objets de récupération qu’il commence à accumuler. Très vite remarqué dans le milieu de l’art hors‑normes, il participe à diverses manifestations collectives (« À vos œuvres citoyens ! », « Art Rock Total », « L’Art Brut bat la campagne » à Allonnes, Laval, Saffré en 1991-1992) et finit par rejoindre tout le circuit des créateurs singuliers.
 
Hypersensible, à la fois timide et audacieux, Samuel Favarica est très connu à Rouen, où il a décoré de nombreuses façades de galeries ou de restaurants, peint des automobiles, participé au festival Art et Déchirure. À une certaine époque il se peignait lui-même, des chaussures aux cheveux, presque intégralement. En 1993, à la galerie Médiane, avec deux autres visiteurs consentants 😀 il s’est fait tatouer en public plusieurs de ses dessins. Il a peint la façade de la galerie des 4 Coins à Roanne, décoré entièrement une pièce du Musée de La Fabuloserie, réalisé des pochettes de disques. Après sa série des totems, qui faisait une utilisation très libre de tout ce qui lui tombait sous la main (dents humaines ou pinces de dentiste, cannettes, papiers, cartons, vieux bidons, chaises, etc.), sa dernière production est un ensemble de « nains de jardin », personnages effrayants laqués comme des sculptures de plastique et évoquant un style « gore » de bandes dessinées ou d’attractions foraines (un travail à l’acrylique sur mousse expansive et résine époxy).
 
Favarica dans son art suit aujourd’hui une double évolution : vers le raffinement de la technique d’abord (ébloui par la Renaissance, il voudrait revenir à un métier à l’ancienne, maîtriser les glacis, etc.) et en même temps vers l’intégration de divers gadgets et effets spéciaux (peintures fluorescentes, capteurs infra-rouge, dispositifs à ultrasons, néons, lumières de boîtes de nuit, ordinateur, vidéo). Fasciné par la technologie de pointe, il rêve de fabriquer les automates d’un Disneyland psychédélique.

Laurent Danchin († 2017)

Laurent Danchin (né le 1er octobre 1946 à Besançon et mort le 10 janvier 2017 à Paris) est un critique d’art et essayiste français.  
Il est un spécialiste de l’Art Brut, Outsider et Singulier.